MONTAGNON : LES PYRÉNÉES AU CŒUR

Mis à jour : 5 sept. 2019


"Je crois qu'après avoir vu ça, on peut mourir tranquille! enfin le plus tard possible Ah, c'est super ! Quel pied ! Ah quel pied ".

Vous souvenez-vous de cette célèbre phrase de Thierry Roland qu'il prononça un certain soir de juillet 1998 ? Et bien cette phrase peut également être transposée pour cette randonnée exceptionnelle.

Si je devais arrêter la randonnée et la photographie des paysages pyrénéens, je pense qu'après cette sortie j'en serai capable. Capable car le Montagnon m'a offert samedi tout ce que je recherchais depuis des mois et des mois. L'émotion indescriptible de vivre un instant unique et magique et de le partager avec vous.


Départ 3kms avant le parking du Bas du Barca depuis le village d'Aydius (vallée d'Aspe).

Attention, au delà de 9h du matin il est interdit de se garer sur le parking sous peine d'une amende pouvant atteindre 1500€. Il est obligatoire de se garer 3kms plus bas (comme nous).

Durée : 8h A/R

Dénivelé : 1400m

Distance : 16kms


Arnaud Cassagnet et Sébastien Claverie m'accompagnent pour cette randonnée.


Elle était prévue depuis le début de semaine, quand nous avions vu les bonnes conditions qui devaient régner ce samedi soir là du mois d'août.

Pourtant, au fil des jours, un doute s'installe, surtout pour moi car les amis étaient motivés comme jamais. Des orages sont prévus entre samedi après-midi et la nuit suivante.

Je me penche donc avec attention sur les modélisations météo. Le constat est simple : nous devrions prendre une averse sur la montée, puis des entrées maritimes apporteraient des nuages bas dès le début de soirée et un voile nuageux compléterait une belle mer de nuages au lever du soleil le dimanche matin. Je fait donc confiance à ces prévisions. je ne vais pas le regretter.


Nous arrivons donc sur le parking inférieur vers midi. Nous prenons des forces pour la suite. le soleil tape et il fait plus de 27°, sans vent. Ambiance étouffante.

Nos sacs sont chargés à plus ou moins 15kg : tente, matériel photo et vidéo, nourriture adéquate, duvet...

Nous prenons donc le sentier et nous savons qu'il sera long.


L'an dernier nous étions déjà venus ici admirer ce lac si particulier. Mais la brume nous avait joué un mauvais tour et nous n'avions pu apercevoir le lac que pendant une quinzaine de minutes. La déception était forte et nous voulions corriger le tir. C'est pour cette raison que nous avons décidé cette fois-ci d'y passer la nuit.


Les trois premiers kilomètres se font sur une route carrossable, mais rendue pénible à cause de la chaleur et du sac qui se fait déjà très lourd sur les épaules.

Le ciel devient menaçant également, ce qui ne me rassure pas. Mais tant pis, nous ne ferons pas demi-tour.




Parking principal

Au bout de 40 minutes les 3kms sont avalés. Nous voilà sur le parking de départ de la randonnée. Ici vous pouvez vous garer mais uniquement si vous arrivez avant 9h du matin.


Après avoir marqué une pause, nous reprenons le sentier qui entre très vite dans les bois. L'air y est plus respirable mais le sentier commence à bien monter. Nous prenons rapidement du dénivelé.


30 minutes après, nous sortons du bois. Le soleil agit comme une chape de plomb. Le vent est nul et nos t-shirts sont déjà bien trempés de sueur.

Nous croisons 2 randonneurs, partis eux aussi faire de la photo au Montagnon mais sans y passer la nuit. Un coup nous les doublons, un coup ce sont eux qui nous doublent. Au croisement nous prenons le temps de discuter photos avec eux. C'est toujours sympa d'avoir des discussions avec des passionnés comme nous.

Jusqu'au col de la Tallandère (1836m), aucun arbre pour nous protéger du soleil.

Une grande majorité de randonneurs sont déjà sur la descente.


Arnaud & Sébastien

Dans quelques jours ils vont gagner les vallées

800m plus haut que le départ, nous arrivons à la Cabane Cure-Det-Cam. Nous en profitons pour recharger les gourdes et faire une bonne pause.



Les chardons bleus sont bien présents dans ce vallon.


De l'humidité fait enfin baisser la température. Mais cela n'est pas forcément une bonne nouvelle, nous espérons alors que celle-ci ne gagnera pas aussi le lac de Montagnon.



3h après le départ, nous arrivons au col de la Tallandère. C'est à partir de là que le sentier prend une autre ampleur. Il s'élève verticalement dans un pierrier que l'ont doit absolument franchir pour rejoindre le lac. C'est le passage le plus "délicat" de la randonnée. Délicat car il demande un effort non négligeable avec 15kg dans le dos. Sur 500m de distance il s'élève de plus de 200m. La pente est raide.

Nous marquons une nouvelle pause au pied du pierrier afin de l'attaquer efficacement.


2 options s'offrent à nous :

- A gauche et en bleu une variante du sentier principal.

- A droite et en jaune, le sentier principal. Pour l'avoir passé l'an dernier je sais que celui-ci est plus technique car il demande de traverser sur 200m une sente en devers composée de terre et de petits cailloux. Je préfère ne prendre aucun risque, je sais que mon sac peut vite me fatiguer et me faire commettre une erreur.


Je décide donc d'attaquer la montée sur le sentier de gauche. Les blocs de pierres sont plus gros et tiennent mieux sous la chaussure. La pente y est moins ardue également.


Le sentier longe la paroi

Dans la montée, la pente parait moins raide mais est quand même importante.

Arnaud & Sébastien en plein effort

Une image qui montre la pente et le pierrier

Nous avons maintenant passé cette étape et arrivons tranquillement sur les abords du lac. Attention, par temps humide, le haut du pierrier peut être rendu très glissant et boueux. Nous croisons d'ailleurs un photographe dans ce pierrier. Il nous confie qu'il préfère redescendre avant l'orage. Mais je reste confiant et je me dis qu'il va peut-être louper quelque chose d'extraordinaire.

je comprends cependant son choix, il m'est aussi déjà arrivé de faire demi-tour, à tort ou à raison. Il n'y a pas de honte à renoncer et pour moi c'est mon leit-motiv.


Plein nord le temps semble clément

Plein sud c'est bien menaçant

Nous voilà enfin arrivés au lac de Montagnon, 2.003m d'altitude, après 3h45 de marche.


D'ici, le lac n'a rien d'exceptionnel. Difficile même d'imaginer sa forme en coeur. Pour mieux l'admirer il faut monter sur la crête en face, entre le Pic du Mardas (à gauche) et le Montagnon d'Iseye (à droite). Nous planterons là le bivouac.
Dernière discutaille avec les photographes palois qui vont rester en bas.

Dans la montée finale vers le sommet, le ciel toujours menaçant laisse entrevoir de beaux sommets comme l'Aubisque, le Pic du midi d'Ossau ou encore tout au fond et dans la brume le Pic du Midi de Bigorre.


Pic de Bergon (à droite) et le pic de la Marère à gauche

Nous arrivons en fin d'après-midi sur notre lieu de résidence pour la nuit et montons rapidement la tente. Le ciel est toujours bien chargé, orageux sur le fonds de chaîne mais pas encore de pluie ici. Je sens bien que ça commence même à évacuer. le flux bien orienté fait rabattre l’instabilité vers l'Espagne. cela promet une soirée étoilée.


A ce moment nous sommes soulagés d'enfin pouvoir se débarrasser des 40 kilos de matériel que nous avons monté à 2.200m. Nous ne redescendrons pas dans la foulée cette fois-ci.


C'est parti pour plusieurs heures de photos !

Nous sommes seuls sur la crête. En bas, une seule toile de tente sur le flanc est du lac.

Nous explorons chacun l'endroit, allant du Mardas au Montagnon d'Iseye, testant les différents angles de vue avant que la lumière ne tombe.

1 heure avant le coucher de soleil, je repère un spot parfait pour le coucher de soleil. Il se trouve sous le Mardas et est exposé plein ouest avec dans l'axe le beau Bergon. C'est là que nous ferons les photos.



Belle perspective sur le Bergon



A ce moment là, je sais que nous allons vivre quelque chose d'exceptionnel, que nous allons connaitre une des plus belle ambiance lumineuse, l'un des plus beau bivouac.

La mer de nuages gagne en hauteur, elle ne parviendra jamais jusqu'à nous. Mais dans la nuit elle va engloutir toutes les vallées sans atteindre le lac. La sortie devient alors épique.





Après une pause repas accélérée, nous voilà prêts à photographier la voie lactée. Elle ne sera pas dans l'axe que j'avais espéré, celui du pic du midi d'Ossau mais qu'importe, elle est là, face à nous.





La voie lactée au dessus du pic de Sesques et le Permayou

La nuit se passe relativement bien, rythmée par les légers coup de vent et une courte averse.

Le réveil sonne à 6h15. le temps de boire un café, de plier la tente et de se positionner pour capter les premières lueurs du jour. Ma crainte était que le lac soit invisible à cause des nuages. Mais ceux-ci sont 200m plus bas, la situation parfaite.


Sur les nuages

Lever sur le Montagnon d'Iseye


Le lac de Montagnon sous un angle peu commun

Nous trois sur la crête

Sébastien en plein shooting

Nous en prenons plein les yeux pendant 2 bonnes heures. Mais malheureusement l'instant n'est pas éternel. Il faut penser à redescendre.

Nous savons que nous étions à ce moment là, des privilégiés des Pyrénées. Toutes les conditions étaient réunies pour que cette sortie soit mémorable. Ma plus belle rando, mon plus beau bivouac, mon plus beau lever de soleil. Tout ce que j'aime m'a été offert sur ces 2 journées.

Je me souviens avoir dit à Arnaud et Sébastien ne jamais avoir vécu un moment pareil. D'avoir eu autant de frissons et d'émotion.

Mais il faut repartir, sans en avoir réellement envie.

Les boîtiers sont prêts, bien remplis. mais toujours prêts à capter un nouvel instant.


La descente est rapide, 3 heures pour rejoindre la voiture. les 3/4 du trajet se feront dans le brouillard. L'occasion de faire de nouvelles photos.






Retour dans le brouillard


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