Les Aiguilles d'Ansabère


C'est un haut lieu du Pyrénéisme où j'ai pu me rendre en ce début du mois de mars.

En cette période, la neige est encore bien présente tout au long de la randonnée, l'accès au col de Pétragème est donc réservé aux randonneurs les plus aguerris.


Itinéraire

ACCÈS : Depuis Oloron, rejoindre la N134 en direction de l'Espagne par le tunnel du Somport.

Traverser les villages de Sarrance, Osse-en-Aspe et Athas.

Avant le village de Brouca, prendre à droite en direction de Lescun. Se garer au parking du pont de Masousa.




700m de dénivelé pour rejoindre la cabane de Pédain, + 150 pour rejoindre le pied des Aiguilles

Alors que la plaine baigne sous une crasse nuageuse importante, le soleil pointe déjà le bout de son nez dès l'entrée dans la vallée de Lescun. Il reste encore quelques traces des récents écobuages avec des traînées de fumée dans le ciel. Cela ne viendra pas gâcher cette randonnée.

Le départ est matinal (7h30), afin de profiter d'une neige adaptée pour la montée et surtout, avant l'arrivée d'autres randonneurs venus passer la journée.


Les Aiguilles en ligne de mire tout au long du parcours

Le sentier est enneigé dès le départ (vers 970m d'altitude). Une belle couche de 40cm bien tassés défile sous mes chaussures de rando. Pour le moment je n'ai pas sorti ni les raquettes, ni les crampons.


Le sentier est évident, impossible de se tromper d'itinéraire

Après le pont de Lamary (1.171m), le sentier suit le gave d'Ansabère par sa rive gauche.

Il suffit de le suivre. La pente est douce et agréable, même avec toute cette neige.


Un peu plus loin, j'arrive sur un petit plateau. De là, 2 itinéraires se dessinent : l'un pour accéder à la cabane d'Ansabère sur la gauche, l'autre pour accéder à la cabane de Pédain sur la droite.

Je prends à droite.



La pente se raidit un peu et traverse un sous-bois. Je débouche sur un beau vallon avec en face la table des trois Rois qui culmine à 2421m.

Le plus gros du dénivelé est maintenant derrière moi.


La table des trois Rois

Je remarque quelques coulées qui se sont produites sur ces pentes. Il faut donc rester prudent et vérifier l'état d'enneigement ainsi que le bulletin du risque d'avalanche.


Quelques instants après, j'aperçois déjà la cabane de Pédain, atteinte en seulement 1h45 depuis le départ.

C'est une cabane ouverte l'hiver et disposant de 4 couchages. L'été, elle est occupée par les bergers. Je suis à 1.600m.


Cabane de Pédain

Après une courte pause, je décide de grimper un peu plus haut afin de mieux découvrir l'objectif du jour : les Aiguilles d'Ansabère. Je prends donc la direction d'un petit surplomb face à moi. Je pose le sac à dos sur un amas rocheux qui domine sensiblement l'endroit. La vue est directe sur la grande Aiguille ainsi que sur le Spigolo (autre nom de la petite Aiguille d'Ansabère).



Les Aiguilles d'Ansabère


La grande Aiguille (2.377m)


La petite Aiguille - Spigolo (2.360m)

Vue à l'opposé, plein est


Vue plein sud

Si je suis venu à Ansabère ce n'est pas par hasard.

J'ai, depuis longtemps, entendu parler de cet endroit comme étant l'un des berceaux du Pyrénéisme. Ici se sont déroulées de belles courses, de belles ascensions, de belles victoires. Mais aussi des tragédies.

Il y a un peu moins de 100 ans, Armand Calame et Lucien Carrive tentent de gravir la grande Aiguille (le 24 juin 1923). Dans la montée, Lucien se tue. Sa corde a cédé. Armand, étant mal entendant ne s'est pas rendu compte de cette tragédie.

Armand doit maintenant redescendre. Mais alors qu'il passe le surplomb, ses amis le voient écarter les bras et disparaître dans l'abîme, sans un cri (extrait de la revue "Pyrénées" N°218 2004).

Armand aura été le premier à gravir ce sommet difficile. A l'époque, l'équipement était bien différent de celui que nous connaissons aujourd'hui.


Armand Calame, assis au centre, et Lucien Carrive, debout à droite, sur le Plaa d'Ansabe avant l'ascension de la Grande Aiguille d'Ansabère.

En 1926 a lieu la première montée de la petite Aiguille.

François Lcaq, nayais et Joseph Naudé réussissent la montée. Ils retrouvent même le bout de corde laissé suite à la chute de Calame un an auparavant.


Le 21 juin 1927, Marcel Cames et Henri Sarthou réalisent l'ascension de la grande Aiguille. Ils n'empruntent pas le même itinéraire que Calame et Carrive 3 ans auparavant. Face à un surplomb infranchissable, ils utilisent des barres de fer pour le passer. L'une d'elle est d'ailleurs toujours en place aujourd'hui. Arrivés au sommet, ils récupèrent un mouchoir laissé par Calame 3 ans avant ainsi que sa corde.


Marcel Cames et Henri Sarthou au sommet de la Grande Aiguille d'Ansabère le 21 juin 1927

Les 12 et 13 août 1954, c'est la première ascension du dièdre nord-est réalisée par les frères Ravier et Guy Santamaria. C'est une première dans les Pyrénées que de passer la nuit accrochée à une paroi.

Jusqu'alors, toute les tentatives de passage par cette voie s'étaient avérées infructueuses en raison d'un grand surplomb infranchissable.


Le fameux surplomb jusqu'alors infranchissable

De multiples tentatives ont succédé par la suite, plus ou moins victorieuses avant l'arrivée de l'équipement que nous connaissons aujourd'hui.


C'est donc avec beaucoup d'émotion que je me suis retrouvé devant cette imposante muraille calcaire. J'ai repensé à tous ces hommes et toutes ces femmes qui l'ont conquis 100 ans auparavant avec du matériel rudimentaire.

Je n'oserais jamais affronter ces dents si vertigineuses et laisse cela aux professionnels et adeptes de l'escalade. Mais j’éprouve vraiment un profond respect pour toutes ces gloires du Pyrénéisme.


Pour aller plus loin dans la découverte historique des Aiguilles d'Ansabère, je vous conseille vivement le site internet dédié aux hommes et femmes qui ont fait la renommée du site : http://aiguillesdansabere.free.fr/


Quant à moi, je pense déjà à y retourner aux beaux jours afin de rejoindre la petite Aiguille par le col de Pétragème et bivouaquer dans ces beaux paysages.





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