"Au Pays des Isards"



Depuis la sortie au Cirque d'Estaubé où j'ai pu croiser la route de quelques isards, mon télé-objectif est maintenant toujours dans mon sac de rando. Jusqu'ici ce n'était pas le cas car il pèse plus de 2 kilos et dans le sac, on le sent bien !


La décision de randonner se prend vers midi, comme à mon habitude, je déteste planifier trop à l'avance les randonnées car j'ai toujours peur d'être déçu par le temps. Le fait de ne prévoir qu'à la dernière minute me permet de gérer ce paramètre là et de prendre dans mon sac les accessoires en fonction des conditions météo.


J'hésite à partir vers le Soulor, ou même dans le secteur de Barèges, mais j'ai un déclic (inexplicable) qui me dit "vas au lac de Suyen". Je sais qu'en cette période de l'année, beaucoup de routes de montagne sont encore fermées. C'est le cas du Tourmalet ou du col des Tentes. En même temps je sais que l'accès au lac du Tech est ouvert.


Sur la route, je fais une halte au Magasin "Surplus militaire" à Juillan. C'est le début de saison et je fais le stock de "rations". Pourquoi je vous en parle ?

Tout simplement car ce magasin propose des rations complètes dans des sachets qui sont idéales pour la randonnée pour un prix dérisoire ! 10€ seulement. Le sachet est prévu pour un bivouac de 24h : petit-déjeuner, repas du midi (chaud), goûter et repas du soir (chaud aussi).


Il y a à peu près tout pour tenir facilement 2 journées en rationnant légèrement voire en complétant.


Par exemple, dans ces sachets à 10€, il y a 2 repas chauds (lentilles jambon et hachis parmentier), du café, du sucre, du chocolat en poudre du fromage fondu, 1 potage, 2 petites boites de biscuits de campagne, du muesli, de la confiture, des barres énergétiques, 1 boisson isotonique, 1 paquet de mouchoirs et même 1 lot de 6 comprimés pour purifier l'eau !


N'y voyez pas une publicité cachée, je ne gagne rien à vous en parler juste l'envie de partager avec vous ce bon plan.


Cet achat effectué, me voilà sur la route du lac du tech.

Après le village d'Arrens-Marsous, je remarque une belle crête sur la gauche, je décide de m’arrêter sur la route pour faire quelques photos. Le ciel est plus lumineux qu'en plaine et les quelques nuages présents viennent apporter un peu de contraste dans le ciel et l'ombre qu'ils portent sur la montagne est ce que je recherche.



Quelques instants après cette halte, je rejoins le lac du Tech sans m'y arrêter. Je continue la route jusqu'à la Maison du Plan d’Aste.

Le parking est quasiment vide.

De là, en suivant le sentier, je rejoins le lac de Suyen, accessible en seulement 15/20mn de marche. C'est un joli petit coin où je m'arrêterai au retour de cette rando.

J'en profite pour faire quelques photos de la flore locale, elle est peu présente mais je trouve néanmoins ce Pulmonaria Iongifolia boreau.





Le sentier s'élève ensuite sur la rive droite du gave d'Arrens. Il s'élève doucement et mène au plateau de Labassa, point de chute de cette randonnée.

Il y a encore un peu de neige et le risque d'avalanche est de 3/5. Les pentes étant raides sur ma gauche, j'ai toujours l’œil braqué vers les cimes, on ne sait jamais.



Avant d'arriver sur le plateau, j'aperçois sur la neige une trace d'isard. Je me doute qu'il a du passer là il y a peu, la trace est encore fraîche. C'est donc d'un pas léger et silencieux que j'atteins un petit col, juste à l'entrée du plateau. Mes jambes s'enfoncent maintenant dans une trentaine de centimètres de neige, cela étouffe sensiblement le bruit.

Je vois immédiatement cet isard, en train de boire l'eau du gave d'Arrens. Seulement cet isard n'est pas seul, il est accompagné d'une harde d'une bonne vingtaine de congénères, tous affairés à manger et à boire. Ils ne me remarquent pas pour le moment.


Quelques rochers me permettent de me cacher et de m'approcher. Je charge mon télé-objectif sur mon boitier et je me dis que j'ai de la chance. Seulement quand ils vont se rendre compte de ma présence, ils vont dévaler à toute allure. Même pas !

Un premier isard m'aperçoit (sur la photo ci-dessus) mais il continue son repas.

Je me dis que cette situation n'est pas possible, il ne peut pas y avoir 20 isards là juste devant moi, je n'en reviens pas. Pourtant ils y sont. Il n'y a personne d'autre que moi dans ce fonds de vallée.


C'est la première fois que cela m'arrive, je ne sais pas trop comment agir et surtout faire en sorte de rester discret pour éviter qu'ils ne s'éloignent.

J'ai immédiatement l'idée d'ôter ma polaire verte et bien repérable sur la neige. Dessous, un gilet blanc immaculé me permet de rester discret et de me fondre dans le décor. Je pose les 2 genoux dans la neige et commence mon "shooting animalier". Je n'ose pas trop m'éloigner de mon sac que j'ai posé.


Une poignée de minute après cette rencontre, une grosse explosion retentis derrière moi. Une avalanche vient de se déclencher 500m au dessus de ma tête dans une pente à 80%. Le bruit est assourdissant et je me rends compte que je suis pile dans l'axe du couloir. Je la photographie rapidement puis, instinctivement je cours vers l'autre côté du vallon et m'abrite derrière un imposant rocher. Je laisse boitier et sac à dos sur place.


Photo des couloirs d'avalanche. celle qui s'est déclenchée est au centre.


La coulée finit sa course à mi-pente, loin d'atteindre le sentier où je me trouvais. Ouf !


A ce moment là et avec le boucan de l'avalanche, je me dis que les isards auront pris la poudre d’escampette, je me trompe. Ils sont toujours là, pas du tout affolés et continuent de brouter et de boire l'eau du gave.

Je reprends donc mon boitier et m'approche d'eux de plus en plus. Je parviens à les approcher à une vingtaine de mètres, de l'autre côté du gave. Je n'en reviens pas.





Je reste là plusieurs minutes et malgré mon pull blanc, je suis maintenant bien repéré de plusieurs d'entre eux. Certains partent vers une paroi rocheuse, d'autres restent là.

J'enjambe le gave et décide de tenter une approche encore plus risquée.

Plusieurs rochers me permettent d'avancer discrètement. Les isards sont juste derrière, à peine 10,15 mètres nous séparent. Ils savent bien que je suis là à les photographier, ils me voient, mais ils ne se sentent pas en danger et continuent d'évoluer lentement vers une crête. Je n'arrive toujours pas à croire que j'ai pu approcher si près d'eux, même dans mes désirs photographiques les plus fous, jamais je n'aurai pensé vivre cela.



Une partie de la harde d'isards

Au fur et à mesure, ils s'approchent du bas d'une paroi. J'y vais aussi ! Ils ne sont pas inquiets, je vais en profiter. J'admire leur agilité à grimper. Après calcul, la paroi qu'ils escaladent est à plus de 80%, inconcevable à franchir sans corde pour un être humain.



La dernière pose de la journée pour cet isard

Cela fait près d'une heure que je suis à leur côté et je décide de les abandonner, même s'ils sont toujours là sur la paroi. Je pose tout de même le boitier, m'assois et les regarde une dernière fois, sans bruit, sans photo. C'est une émotion intense qui m'envahie, j'ai vécu 1h de ma vie avec des isards. J'avais l'impression de faire partie de la troupe pour quelques instants. Je le souhaite à tout le monde. Et puis j'ai aussi pensé que ces animaux sauvages étaient parfois chassés et tués pour le plaisir égoïste de l'être humain. Comment l'imaginer en 2019 ? Comment entraver leur liberté ? Ils sont les maîtres des cimes et méritent plus que nous leur place dans les Pyrénées.


Le gave d'Arrens sur le plateau de Labassa

Le sourire aux lèvres, je redescends vers le lac de Suyen. J'ai ces centaines d'images dans la tête et je ne peux m'empêcher d'y repenser même si le soleil ne va pas tarder à se coucher et que je dois aussi profiter du moment pour faire de la photo de ces beaux paysages.

Je me reconcentre donc sur le lac de Suyen, point d'orgue de cette belle randonnée.


Je prends cette photo avec ces troncs d'arbres certainement jetés là par une avalanche récente. La composition me plait bien.


C'est sur cette photo que se termine cette sortie. Un combo parfait offert par la nature : flore, faune et paysages. J'en redemande !

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